En synthèse
Avec 74 893 annonces actives réparties entre Paris, Lyon, Bordeaux et le corridor basque Biarritz·Anglet·Bayonne, les six marchés français analysés comptent parmi les plus tendus d’Europe. La France est le 2ᵉ marché mondial d’Airbnb en volume, derrière les États-Unis. Cette synthèse confronte d’abord Paris, Lyon et Bordeaux à 38 métropoles européennes d’au moins 200 000 habitants en zone dense, puis descend à la maille IRIS — 2 000 habitants en moyenne — pour 1220 quartiers. Elle interroge trois dimensions :
- La France dans l’Europe — où se situent les marchés français en pression, prix et professionnalisation ?
- Six marchés, trois profils — qu’est-ce qui sépare Paris, le Pays Basque et le duo Lyon-Bordeaux ?
- Pression infraterritoriale — où, dans la ville, l’offre touristique se substitue-t-elle au logement ?
Ce que montre l’analyse. Trois régimes se dégagent. Paris domine en volume — 58 299 annonces, 2ᵉ rang européen derrière Londres — et en prix (212 €/nuit). Le Pays Basque bascule dans la saturation : Biarritz atteint 84,8 annonces pour 1 000 logements occupés, record du panel français, sans flambée tarifaire. Lyon et Bordeaux forment un duo intermédiaire, aux prix et pressions plus modérés. La professionnalisation française reste contenue — 41 % de l’offre est gérée par des multi-loueurs, contre 65 % en médiane européenne et plus de 70 % dans les villes espagnoles. À l’échelle fine, la pression se concentre sur le cœur historique des villes, laissant les périphéries en retrait.
L’essentiel en chiffres
Métriques clés par ville
Cadrage : d’où vient la pression Airbnb française ?
Le rapport mondial de référence : Airbnb, une « double menace » pour le logement. L’étude The Threat of Short-Term Rentals to Housing (Housing Justice Data Lab et Inside Airbnb, mars 2026) recense 8,35 millions d’annonces dans 218 pays. Elle établit une double menace structurelle : 82,4 % des annonces sont des logements entiers — près de 6,9 millions de logements potentiellement soustraits au marché résidentiel de long terme — et 62,9 % sont gérées par des multi-loueurs ; les deux conditions coexistent dans 78 % des marchés. La France est le 2e marché mondial avec 984 262 annonces, derrière les États-Unis (1,52 million).
La gestion s’est professionnalisée : le parc mondial est tenu par 4,2 millions d’hôtes, mais aussi 1,01 million de co-hôtes — des gestionnaires (agences, conciergeries, prestataires) qui administrent des annonces pour le compte de propriétaires, marqueur direct de la commercialisation. Les grands événements accélèrent la conversion : les annonces parisiennes ont bondi de 92,7 % avant les Jeux de 2024. Enfin, seuls 16 pays sur 218 (7 %) disposent d’un enregistrement couvrant la majorité des logements entiers — un vide réglementaire que quatre leviers comblent : obligation de résidence principale, enregistrement, partage des données par les plateformes et responsabilité de celles-ci.
Source : Cruvinel A. & Cox M. (2026, mars). The Threat of Short-Term Rentals to Housing — A Critical Perspective on Airbnb’s Global Expansion. Housing Justice Data Lab / Inside Airbnb / Rosa Luxemburg Stiftung.
Périmètre : comparer des villes, pas des pays
Un marché Airbnb ne se compare pas à l’échelle d’un pays mais d’une ville : c’est là que se jouent la tension résidentielle, la régulation et la structure de l’offre. Le rapport retient donc un pool de 38 métropoles européennes d’au moins 200 000 habitants en zone dense, soit la quasi-totalité des 40 villes européennes du panel mondial. Ce pool se partage en deux blocs de taille égale — 19 villes d’Europe de l’Ouest et du Nord, 19 d’Europe du Sud et de l’Est — un équilibre qui compte, car c’est précisément sur cette ligne que se sépare la professionnalisation de l’offre (médiane du pool : 65,1 %).
Le seuil de taille n’écarte qu’un seul cas du panel français : l’agglomération de Biarritz, Anglet et Bayonne, dont les trois communes comptent de 15 000 à 40 000 habitants. Aucune métropole européenne du panel ne lui est comparable, et la rapprocher de Venise ou Florence — dix à vingt fois plus peuplées — ferait parler la taille plutôt que le phénomène. Ces communes sont donc analysées à l’échelle française, où elles trouvent leur place dans la typologie.
Le panel français couvre 6 marchés — Paris, Lyon, Bordeaux, Biarritz, Anglet et Bayonne — et descend à 1220 quartiers IRIS pour les parties infracommunales.
1. Les métropoles françaises dans l’Europe
Comparer un marché Airbnb suppose de comparer des villes de même ordre. Cette partie situe donc les trois métropoles françaises du panel — Paris, Lyon et Bordeaux — parmi 38 métropoles européennes d’au moins 200 000 habitants en zone dense. Les trois axes sont ceux qui structurent tout le rapport : ce que pèsent ces marchés et à quel prix, la pression qu’ils exercent, et qui détient l’offre.
Activité et prix : Paris pèse comme une capitale et décroche comme aucune autre
Paris perd 8,9 % de ses annonces en un an, quand le pool européen n’en cède que 1,1 %
Paris est le deuxième marché du pool par le volume — 58 299 annonces actives contre une médiane de 8 664, derrière Londres seule. Lyon (25ᵉ) et Bordeaux (28ᵉ) se situent au contraire sous la médiane : ce sont des marchés moyens à l’échelle européenne, ce que leur poids national masque.
La dynamique sépare plus encore. Le pool européen est quasi stable — médiane en recul de 1,1 % entre 2025 et 2026 — quand Paris cède 8,9 %, 29ᵉ sur 38. Aucune autre métropole du panel ne recule aussi vite. C’est le premier chiffrage du tassement engagé après la loi Le Meur de novembre 2024, et il ne se lit que rapporté à ce que font les autres.
Le prix confirme la singularité parisienne sans la redoubler : 212 €/nuit pour le logement entier, 7ᵉ du pool contre une médiane à 146 €. Lyon ferme presque la marche (113 €, 29ᵉ) et Bordeaux reste médian (135 €). Mais c’est sur le rendement que l’écart se creuse : le revenu médian estimé atteint 10 222 € par an à Paris — 2ᵉ du pool — contre 6 166 € en médiane. Un marché cher, dense et très occupé (figure ci-contre).
Pression : la deuxième métropole la plus tendue d’Europe
Paris atteint 26,0 annonces pour 1 000 habitants en zone dense, trois fois la médiane européenne
Rapportée à la population des zones denses — le seul dénominateur comparable d’un pays à l’autre — la pression parisienne est 2ᵉ sur 38, derrière la seule Florence (40,9). Avec 26,0 annonces pour 1 000 habitants contre une médiane de 8,8, Paris subit une tension d’un tout autre ordre que la plupart des grandes métropoles européennes, y compris celles qui la dépassent en volume.
Lyon (12,2, 14ᵉ) et Bordeaux (15,0, 12ᵉ) se placent dans le premier tiers sans atteindre ces niveaux. Les trois villes françaises sont donc toutes au-dessus de la médiane, ce qui n’a rien d’évident : Berlin, Munich, Stockholm ou Barcelone restent sous 8 annonces pour 1 000 habitants (figure ci-contre).
Professionnalisation : une exception française, partagée avec le Nord
Les trois métropoles françaises figurent parmi les cinq marchés les moins professionnalisés du pool
C’est le contraste le plus net de la partie. Alors que la médiane européenne atteint 65,1 % d’offre détenue par des multi-hôtes, Paris plafonne à 41,4 % (32ᵉ sur 38), Lyon à 44,8 % (31ᵉ) et Bordeaux à 40,4 % (33ᵉ). À l’autre extrémité, Barcelone atteint 83,9 %, Porto et Prague dépassent 80 % : dans ces villes, l’offre appartient massivement à des opérateurs multi-biens.
Le groupe des marchés peu professionnalisés — moins de la moitié de l’offre aux multi-hôtes — compte 9 villes, et sa géographie est frappante : les trois françaises y côtoient Copenhague, Oslo, Amsterdam, Stockholm, Munich, Genève. Un bloc nord-ouest européen, face à un bloc méditerranéen et centre-européen largement industrialisé (figure ci-contre).
La singularité parisienne se lit dans le croisement des deux derniers axes. Dans le bloc peu professionnalisé, Paris est de très loin le plus tendu : 26,0 annonces pour 1 000 habitants, quand Munich et Stockholm restent sous 4. Paris cumule donc la pression du sud et la structure du nord — une tension de métropole méditerranéenne portée par un marché de particuliers. C’est cette combinaison qui rend le cas français spécifique, et c’est elle qui appelle un examen à l’échelle nationale.
Ce portrait européen vaut pour trois métropoles. Il ne dit rien des marchés littoraux, absents du pool faute de pairs — et il masque, derrière une moyenne française, des régimes qui n’ont presque rien en commun. C’est l’objet de la partie suivante.
2. Six marchés français comparés
Six marchés, deux ordres de grandeur et trois régimes. Cette partie les compare sur trois fonctions successives — ce qu’ils pèsent et à quel prix, la pression qu’ils exercent sur le parc résidentiel, et qui détient l’offre. Chaque fonction part de l’échelle communale puis descend au quartier, quand la géographie interne dit quelque chose que la moyenne masque.
Activité et prix : un marché sur deux ordres de grandeur, une capitale qui se contracte
Paris perd 8,9 % de ses annonces actives en un an, quand Anglet en gagne 3,6 %
Les 6 marchés du panel réunissent 74 893 annonces actives, sur une amplitude d’un facteur 48 — de 58 299 annonces à Paris à 1 214 à Bayonne. Mais la hiérarchie des volumes masque la dynamique : les deux marchés qui reculent sont les deux plus exposés à la régulation. Paris cède 8,9 % de son offre active, premier chiffrage du tassement engagé après la loi Le Meur de novembre 2024. Au Pays Basque, la compensation sur le changement d’usage s’applique depuis 2023 aux trois communes — mais seule Biarritz recule (6,5 % en un an), quand Anglet gagne encore 3,6 % : la contrainte mord d’abord là où le parc de villégiature domine. Lyon et Bordeaux, eux, sont stables (figure ci-contre).
Le prix raconte une autre histoire que le volume. Biarritz (212 €/nuit) rejoint Paris (212 €) au sommet du panel, à quasi-égalité — mais la station balnéaire y parvient avec 27 fois moins d’annonces, portée par un parc de villégiature haut de gamme, quand Lyon plafonne à 113 €. Le tarif à la nuit ne dit pourtant rien du rendement : le revenu médian estimé atteint 10 222 € par an à Paris contre 5 662 € à Biarritz, l’écart d’occupation entre une capitale ouverte à l’année et une station saisonnière faisant plus que compenser l’égalité tarifaire.
La structure de l’offre, elle, est remarquablement homogène : le logement entier représente de 81 % à 93 % des annonces selon la ville, autour d’une référence nationale à 89 %. Sur ce plan, les six marchés relèvent du même modèle — la location de chambre y est partout marginale, et ce n’est donc pas là que se joue leur différenciation.
Pression territoriale : une station qui sature, une capitale qui concentre
Un logement occupé sur 12 est une annonce Airbnb à Biarritz, contre un sur 22 à Paris
Rapportée au parc de logements occupés, la hiérarchie s’inverse par rapport aux volumes. Biarritz atteint 85 annonces pour 1 000 logements occupés, loin devant Paris (46) et Lyon (22), pour une référence nationale à 42. En zone dense — à maille strictement comparable d’une ville à l’autre — l’écart est encore plus net : 122 annonces pour 1 000 habitants à Biarritz contre 26 à Paris.
À l’échelle des quartiers, deux régimes se distinguent. L’agglomération basque affiche la médiane infracommunale la plus élevée du panel — 57 annonces pour 1 000 logements occupés — devant Paris (38), Bordeaux (29) et Lyon (18). Mais les extrêmes disent l’inverse : Paris pousse jusqu’à 269 dans Bonne Nouvelle 4, soit 27 % du parc occupé d’un seul quartier, quand le littoral basque plafonne à 118. Paris concentre, le Pays Basque sature (cartes ci-contre).
La grille métrique complète cette lecture par la forme du gradient, là où l’IRIS donne le nom des quartiers. Paris est monocentrique et saturé sur tout son centre ; le Pays Basque linéaire et côtier, la tension s’effondrant dès qu’on quitte l’océan ; Lyon suit ses deux fleuves, Presqu’île et pentes de la Croix-Rousse ; Bordeaux est le plus polycentrique, avec un cœur autour de la Place de la Bourse puis des foyers secondaires vers les Chartrons et la rive droite.
Les quartiers les plus tendus : deux lectures, deux classements
Contrairement à une grille régulière, la maille IRIS porte des noms — c’est donc à ce niveau, et à lui seul, que l’on peut désigner des quartiers. Le tableau donne les deux dénominateurs côte à côte, et l’écart entre eux est instructif.
Rapporté au parc occupé, le classement national est intégralement parisien : la location courte durée y pénètre un parc majoritairement composé de résidences principales. Rapporté aux seules résidences principales, le littoral basque passe devant — Front de Mer affiche 415 annonces pour 1 000 résidences principales contre 112 pour 1 000 logements occupés, parce que les résidences principales n’y représentent que 27 % du parc occupé. Les deux chiffres sont exacts et racontent deux choses différentes : la pénétration du parc réellement occupé d’un côté, la substitution au logement habité à l’année de l’autre.
Lyon (médiane de 18) et Bordeaux (29) forment un duo intermédiaire, sans poche comparable à celles de Paris ni saturation d’ensemble comparable au Pays Basque. Leurs cartes détaillées sont traitées dans les focus par territoire.
Professionnalisation : qui détient l’offre
Lyon inverse le Pays Basque — la pression la plus faible du panel, la professionnalisation la plus forte
La pression dit l’intensité, pas le modèle économique. Sur ce second axe la hiérarchie se retourne : Lyon mène avec 45 % de l’offre aux multi-hôtes, devant Paris (41 %), quand Bayonne (25 %) et Biarritz (33 %) restent des marchés de propriétaires. La concentration au sommet suit le même ordre — les dix pour cent d’hôtes les plus actifs captent 40 % de l’offre à Paris contre 24 % à Anglet.
Vue par quartier, la professionnalisation dessine une géographie distincte de celle de la pression : les deux dimensions ne se recouvrent que partiellement à l’échelle des 1220 IRIS du panel, avec une corrélation de 0,41. Lyon affiche la médiane infracommunale la plus élevée (44 %) devant Bordeaux (37 %) et Paris (37 %), le Pays Basque fermant la marche à 30 %. À Paris, les foyers d’opérateurs multi-biens se déplacent vers l’ouest — Chaussée-d’Antin, Faubourg-du-Roule, abords des Champs-Élysées — là où la pression en volume est plus faible (cartes ci-contre).
Positionnement d’ensemble
| Paris domine, Biarritz sature : positionnement des 6 marchés français (z-score par ligne) | |||||||||
| Theme | Indicateur | U. | France | Paris | Lyon | Bordeaux | Biarritz | Bayonne | Anglet |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| MARCHÉ | |||||||||
| Volume | Annonces | n | 74 893 | 58 299 | 6 266 | 5 128 | 2 189 | 1 214 | 1 797 |
| Prix | Prix méd. ent. | €/nuit | 192 | 212 | 113 | 135 | 212 | 120 | 166 |
| Prix ch. priv. | €/nuit | 112 | 137 | 62 | 66 | 126 | 74 | 77 | |
| TERRITOIRE | |||||||||
| Pression | Ann./1Khab dns | ‰ hab | 22,9 | 26,0 | 12,2 | 15,0 | 122,5 | 25,7 | 40,9 |
| Ann./1K occ. | ‰ | 41,8 | 46,2 | 21,6 | 32,8 | 84,8 | 39,0 | 65,5 | |
| OFFRE | |||||||||
| Structure | % logement entier | % | 89,3 | 90,4 | 83,6 | 81,0 | 92,6 | 88,8 | 90,9 |
| % durée min>30j | % | 14,7 | 16,0 | 11,3 | 14,8 | 4,3 | 3,5 | 3,6 | |
| Concentration | %ann. d'h.multi | % | 41,1 | 41,4 | 44,8 | 40,4 | 33,0 | 25,4 | 26,6 |
| %ann. d'h.super | % | 21,5 | 23,2 | 20,5 | 13,8 | 12,8 | 3,7 | 2,7 | |
| % off. top10% h. | % | 39,3 | 40,5 | 39,2 | 34,7 | 32,6 | 24,1 | 23,9 | |
| ACTIVITÉ | |||||||||
| Performance | Cal. ouvert méd. | j/an | 178,0 | 181,0 | 182,0 | 179,0 | 117,0 | 72,5 | 130,0 |
| Revenu est.méd. | €/an est. | 8 148 | 10 222 | 5 252 | 4 320 | 5 662 | 3 196 | 3 780 | |
| Occup. est. méd | j/an est. | 42,0 | 52,0 | 48,0 | 30,0 | 24,0 | 24,0 | 18,0 | |
| Qualité | Note glob. | /5 | 4,85 | 4,85 | 4,83 | 4,86 | 4,85 | 4,85 | 4,88 |
| Lecture : chaque ligne compare les 6 villes entre elles. Pastille = écart à la moyenne des six (|z|>1 |z|>2 au-dessus, bleu en-dessous). France = référence (gras, exclue du calcul). Volumes = non colorés (non comparables en z-score). | |||||||||
| Source : Inside Airbnb juin 2026 · INSEE RP 2022 ·Villes triées par nombre d'annonces décroissant (après France). | |||||||||
Trois régimes se dégagent, et la ligne de partage ne suit pas la géographie. Paris, Lyon et Bordeaux forment un bloc de métropoles professionnalisées — offre aux multi-hôtes de 40 à 45 %, résidences secondaires sous 10 % du parc. Biarritz et Anglet relèvent d’un parc de villégiature exploité par des particuliers. Et Bayonne tient seule une troisième position : un parc ordinaire, avec 4,5 % de résidences secondaires — moins que Bordeaux ou Lyon — mais une offre de particuliers. C’est la ville-centre d’une agglomération touristique qui n’a pas basculé.
Ces trois régimes appellent un examen à l’échelle de la commune : les focus territoriaux qui suivent descendent dans le détail des quartiers, ville par ville.
3. Focus territoriaux : ville par ville
Les six marchés se sont laissé ranger en trois régimes. Reste à voir ce qui se passe à l’intérieur de chacun : à l’échelle du quartier, la pression et la professionnalisation cessent d’être des moyennes communales pour devenir des géographies — et elles ne se superposent pas toujours. Quatre focus, un par régime, et deux pour le Pays Basque dont la ligne de partage interne mérite d’être vue.
Paris : le marché qui recule, mais pas là où il est le plus tendu
Huit quartiers parisiens sur dix perdent des annonces en un an — le Sentier, lui, n’en perd aucune
Paris concentre 58 299 annonces actives, soit 46 pour 1 000 logements occupés et 26 pour 1 000 habitants en zone dense — la deuxième pression d’Europe parmi les métropoles comparables. Le marché est cher (212 € la nuit en logement entier), ouvert à l’année (181 jours en médiane) et très rentable : 10 222 € de revenu médian estimé par an, le double de Lyon. Sa structure reste pourtant celle d’un marché de particuliers à l’échelle européenne : 41 % de l’offre aux multi-hôtes, dont 23 % à des opérateurs de dix annonces ou plus.
La géographie interne oppose deux Paris (cartes ci-contre). La pression se concentre sur un croissant central, des Grands Boulevards au Marais : Bonne Nouvelle 4 atteint 269 annonces pour 1 000 logements occupés — 27 % du parc occupé du quartier, 400 annonces à lui seul — devant Bonne Nouvelle 1 (264) et Arts et Métiers 5 (238), pour une médiane parisienne à 38. La professionnalisation dessine une autre carte, décalée vers l’ouest : Chaillot 12 culmine à 88 % d’offre multi-hôtes, suivi de Gaillon 2 et Chaussée d’Antin 3 — le 8ᵉ, le 9ᵉ et le 16ᵉ, là où opèrent les gestionnaires de biens et où la pression en volume est plus faible. Seul le Sentier cumule les deux : Bonne Nouvelle 4 est à la fois le quartier le plus tendu et l’un des plus professionnalisés (74 %).
Le recul de 8,9 % en un an — le plus fort des métropoles européennes du panel — a lui aussi sa géographie, et elle est contre-intuitive. 80 % des quartiers parisiens perdent des annonces, mais les reculs les plus marqués se situent à l’ouest, dans les arrondissements résidentiels aisés : Ternes 12 (36 %), Muette 13 (35 %), Europe 1 (32 %). Le croissant central, lui, tient : Bonne Nouvelle 4 est stable (0,0 %). La régulation issue de la loi Le Meur mord donc d’abord sur les résidences secondaires et pieds-à-terre de l’ouest, pas sur le cœur professionnalisé du centre-est — ce qui suggère que le retrait vient des particuliers occasionnels, quand les opérateurs installés absorbent la contrainte (tableau ci-contre).
Lyon : le marché le plus professionnalisé du panel, mais pas là où il est tendu
Lyon affiche la pression la plus faible des six marchés français et la professionnalisation la plus forte — dans des quartiers différents
Lyon compte 6 266 annonces actives pour 520 774 habitants — 22 pour 1 000 logements occupés, et 12 pour 1 000 habitants en zone dense, moitié moins que Paris. Le marché est le moins cher du panel (113 € la nuit en logement entier) et le plus stable (0,4 % en un an). Mais c’est aussi le plus professionnalisé : 45 % de l’offre relève de multi-hôtes, dont 20 % d’opérateurs de dix annonces ou plus. Une pression contenue, une offre industrialisée — l’inverse exact du littoral basque.
Les deux cartes ne se superposent pas, et c’est le point (cartes ci-contre). La pression suit les deux fleuves : Presqu’île, Vieux-Lyon, pentes de la Croix-Rousse. Hôtel-Dieu (109 annonces pour 1 000 logements occupés) et Saint-Jean (104, 140 annonces) forment le cœur touristique, pour une médiane lyonnaise à 18. La professionnalisation, elle, culmine en périphérie : Genton-Ranvier atteint 76 % d’offre multi-hôtes pour une pression de 10 seulement, Laennec suit — le 8ᵉ arrondissement, loin du centre historique. Là où Paris cumule tension et professionnalisation dans le Sentier, Lyon les dissocie : le centre tendu reste tenu par des particuliers (51 % de multi-hôtes à Saint-Jean), les opérateurs multi-biens investissent les quartiers résidentiels bon marché.
La stabilité d’ensemble (0,4 %) masque des mouvements internes de sens contraires. Seuls 48 % des quartiers perdent des annonces — contre 80 % à Paris — et le cœur touristique progresse encore : Saint-Jean gagne 6,1 %, La Bourse-Grenette 12,6 %. La hausse la plus forte est à Route de Vienne (32 %), dans le sud de la ville. Lyon n’est pas entré dans la phase de retrait que connaît Paris : sans régulation comparable à celle de la capitale, son marché continue de s’étendre depuis le centre vers les arrondissements périphériques (tableau ci-contre).
Biarritz : la station au prix parisien, première à reculer sous la régulation
Un logement occupé sur douze est une annonce Airbnb à Biarritz — et l’offre recule de 6,5 % en un an
Biarritz concentre 2 189 annonces actives pour 25 810 habitants, soit 85 annonces pour 1 000 logements occupés — et 122 pour 1 000 habitants en zone dense, le niveau le plus élevé du panel français. Le socle de ce marché est un parc de villégiature : 41 % des logements sont des résidences secondaires, un stock naturellement disponible pour la location courte durée. Le tarif suit — 212 € la nuit en logement entier, au niveau de Paris pour une commune de 25 810 habitants — et le calendrier aussi : 117 jours ouverts par an en médiane, une exploitation soutenue qui porte le revenu médian estimé à 5 662 € par an.
La géographie interne est littorale et homogène (cartes ci-contre). Front de Mer domine avec 112 annonces pour 1 000 logements occupés (418 annonces à lui seul), mais l’écart avec le reste de la commune est faible : aucun quartier biarrot ne descend sous 53. La tension ne se concentre pas, elle sature — c’est la signature d’une station où la location touristique est un usage généralisé du parc, pas une spécialité de quartier. La professionnalisation reste en retrait de ce niveau de pression : 33 % de l’offre relève de multi-hôtes, moins qu’à Bordeaux ou Lyon — le marché appartient d’abord aux propriétaires de résidences secondaires.
Le recul de 6,5 % en un an prend ici tout son sens. La compensation sur le changement d’usage s’applique depuis 2023 aux communes tendues du Pays Basque, et Biarritz est la seule des trois communes de l’agglomération où l’offre se contracte — précisément parce que la contrainte mord d’abord le parc de villégiature. La baisse est la plus marquée à République-Beau Rivage (16,7 % en un an), et Front de Mer lui-même cède 7,1 % (tableau ci-contre).
Bayonne : la ville ordinaire d’une agglomération touristique
Même agglomération, même régulation — mais 39 annonces pour 1 000 logements occupés, deux fois moins qu’à Biarritz
Bayonne est le contre-exemple qui éclaire sa voisine. La ville-centre de l’agglomération compte 1 214 annonces actives pour 53 312 habitants — une pression de 39 pour 1 000 logements occupés, un cran au-dessus de Bordeaux (33) mais sans commune mesure avec le littoral. La raison est dans le parc : 90 % de résidences principales, 4,5 % de résidences secondaires seulement — moins qu’à Bordeaux ou Lyon. Bayonne n’a pas de stock de villégiature à basculer en location touristique ; son marché Airbnb est un usage d’appoint du parc habité, à 120 € la nuit, avec un calendrier ouvert 72 jours par an en médiane et un revenu estimé de 3 196 € — quasi moitié de celui de Biarritz sur les trois indicateurs.
La géographie interne est l’inverse de celle de Biarritz : concentrée, pas saturée (cartes ci-contre). La tension se loge dans le centre historique — Centre Ville-Hôtel de Ville (82 annonces pour 1 000 logements occupés) et le Petit Bayonne (82) — puis chute d’un facteur deux dès qu’on quitte les quais de la Nive : le troisième quartier tombe à 55, et la médiane communale s’établit à 31. C’est une tension de patrimoine, portée par les rues du vieux Bayonne, là où celle de Biarritz est une tension de littoral qui couvre toute la commune.
L’offre bayonnaise reste un marché de particuliers : 25 % seulement relève de multi-hôtes et 4 % d’opérateurs à dix annonces ou plus — les taux les plus bas du panel français avec Anglet. Et alors que la compensation sur le changement d’usage s’applique ici comme à Biarritz depuis 2023, l’offre progresse encore de 1,1 % en un an : la contrainte ne mord pas un marché qui ne repose ni sur la villégiature ni sur l’investissement locatif dédié. Bayonne montre en creux ce que la régulation atteint — le stock touristique professionnalisable — et ce qu’elle n’atteint pas.
Synthèse et enseignements
Trois constats structurants.
1. Une pression à deux moteurs. La tension Airbnb française est portée par deux logiques distinctes : la masse parisienne (58 299 annonces, 26 annonces pour 1 000 habitants en zone dense) et l’intensité balnéaire basque, où la médiane infracommunale atteint 57 annonces pour 1 000 logements occupés contre 38 à Paris.
2. Le prix ne suit pas la pression. Paris est cher mais modérément pénétré rapporté à sa taille, et ses quartiers les plus chers ne sont pas les plus investis. Le Pays Basque combine prix élevés et pression diffuse — un marché où l’offre touristique sature le parc résidentiel sans atteindre les sommets tarifaires des capitales européennes.
3. Une professionnalisation contenue, mais sous surveillance. Avec une offre multi-hôtes plafonnant à 45 %, la France reste en deçà des marchés sud-européens. La loi Le Meur (novembre 2024), qui renforce l’encadrement fiscal et l’autorisation de changement d’usage, pourrait accélérer la régulation — les premiers signaux de tassement sont déjà visibles à Paris.





