Le panel — 941 K annonces actives dans 76 villes de 31 pays, soit 12,5 % du stock mondial recensé par Inside Airbnb — dessine un marché devenu européen, professionnalisé et concentré : l’Europe capte 53 % de l’offre du panel, l’Amérique du Nord 19 %. Huit messages en résument la lecture, du portrait des volumes à la typologie.
Un marché d’abord européen, concentré sur une poignée de métropoles
Londres approche 70 000 annonces et Paris 60 000, quand le bas du panel — Genève, Bergame — reste sous 2 000. L’Europe du Sud-Est (Florence, Lisbonne, Athènes, Barcelone) forme le plus gros volume cumulé, devant une Europe de l’Ouest portée par les deux capitales. Le panel a gagné 2,9 % d’annonces en un an, mais cette croissance vient d’ailleurs : l’Asie progresse de 20,5 % et l’Amérique latine de 14,1 %, tandis que les deux Europes reculent — 0,7 % au Sud-Est, 3,6 % à l’Ouest-Nord. Le centre de gravité du marché commence à quitter le continent qui l’a fait naître.
Le logement entier a supplanté le partage entre particuliers
78 % de l’offre mondiale est en logement entier, et la part progresse encore (0,4 point en un an). 10 villes dépassent 90 % — Thessalonique, Athènes et Budapest en tête, où le patrimoine bascule vers l’investissement touristique pur. Le parc reste dominé par les studios et petits appartements : 3 à 4 personnes, 1 à 2 chambres en médiane.
L’économie collaborative est devenue une industrie
63 % des annonces sont gérées par des multi-loueurs et 14 % des hôtes captent la moitié de l’offre — une concentration comparable aux pays les plus inégalitaires, et l’écart se creuse encore : la part multi-loueurs gagne 1,1 point en un an. 8 villes dépassent 80 % d’offre multi-loueurs — Porto, Prague, Barcelone et les métropoles asiatiques — quand 3 seulement, Copenhague, Oslo et Amsterdam, restent sous 30 %. Le revenu se joue moins sur le prix que sur l’occupation : Édimbourg dépasse 22 848 €/an grâce à un calendrier saturé.
La pression résidentielle frappe les villes moyennes touristiques
La densité médiane atteint 6,7 annonces pour 1 000 habitants en zone dense, mais 15 villes dépassent 15 ‰ — plus du double de la médiane — et 3 d’entre elles, le Pays Basque, Venise et Florence, franchissent 40 ‰, soit près d’une annonce pour 25 habitants. Les mégalopoles asiatiques (Tokyo, Bangkok, Singapour) restent sous 3 ‰ : leur densité de population dilue la pression rapportée aux habitants.
Airbnb a rejoint l’hôtellerie, en volume comme en prix
Le prix médian d’un logement entier s’établit à 165 €/nuit, désormais proche du tarif d’une chambre d’hôtel : l’avantage tarifaire historique s’est effacé (prix moyen Airbnb 166 USD contre 159 USD pour l’hôtellerie américaine en 2024). L’offre de location courte durée croît dix fois plus vite que le parc hôtelier, et des opérateurs hybrides — Blueground, Sonder — brouillent la frontière entre les deux modèles.
La régulation 2024-2025 rebat les cartes
New York a effacé 90 % de ses annonces, Amsterdam a réduit son parc de 54 %, Barcelone vise l’interdiction totale en 2028 et le Règlement européen 2024/1028 impose la transparence dès 2026. Mais l’offre se déplace plus qu’elle ne disparaît : bascule vers les séjours longs à New York, expansion continue dans les marchés émergents peu encadrés (Buenos Aires, Riyad).
La note des voyageurs ne départage plus les marchés — sauf là où l’offre s’est concentrée
64 des 76 villes dépassent 4,8 sur 5, et seulement 0,24 point sépare la mieux notée de la moins bien notée. Cette compression vers le haut prive la note de tout pouvoir discriminant pour le voyageur. Un signal résiste pourtant : les villes où les gros opérateurs captent l’essentiel de l’offre notent systématiquement plus bas, tandis que la satisfaction sur le rapport qualité-prix suit la présence de superhôtes. La professionnalisation gagne en volume ce qu’elle concède en jugement.
Cinq familles de marchés se dégagent de la typologie
La classification (6 variables actives, 5 clusters, silhouette 0,38) répartit les 76 villes en cinq familles de poids très inégaux. Les deux premières concentrent les deux tiers du panel : les marchés à superhôtes très actifs (26 villes — Tokyo, Athènes, Florence) et le tourisme patrimonial court-terme (25 — Londres, Paris, Rio de Janeiro). Viennent ensuite les grandes métropoles régulées (14 — Mexico, Bangkok, Istanbul), les amateurs Europe Ouest-Nord (8 — Copenhague, Oslo) et, à part, 3 mégalopoles à offre contrainte — New York, Hong Kong, Singapour, où la régulation et le bâti étranglent l’offre. La fracture majeure n’est ni nord-sud ni est-ouest : elle oppose les marchés pilotés par des professionnels très actifs aux marchés restés entre les mains d’amateurs encadrés.